De Paris à Laval

Donc, je vais faire de la radio. Au moment où je l’annonce à Maurice Siegel, je ne sais pas à quel point ce changement sera déterminant. Je ne l’envisage que comme une expérience supplémentaire, d’autant que si je suis ravie de me frotter à ce nouveau média, je m’inquiète en même temps de ce qui se profile : je vais quitter Paris. Je suis une Parisienne, une vraie de vraie, élevée sans le plus petit point d’ancrage ailleurs, ni à la campagne, ni à la mer, ni à la montagne. J’aime les odeurs d’essence, les couloirs du métro, j’ai besoin de la foule et de l’anonymat. Alors quitter Paris pour Rome, Londres ou New-York, d’accord… Mais je vais à Laval, 50 000 habitants, département 53, la Mayenne.

Normalement pour deux mois.

J’habiterai chez Dominique du Boisbaudry, une ancienne stagiaire du Point avec qui je suis restée en contact. C’est elle qui m’a mise sur le coup. Nous sommes en juin 1980 et Radio France lance trois radios à titre expérimental : Fréquence Nord, censée couvrir une région, Radio Mayenne, à l’échelle départementale et Melun FM, en Seine et Marne, qui ne couvre que la ville et ses environs. Au bout d’un an, le format qui aura été jugé le plus performant servira de modèle à la création d’autres radios, sur tout le territoire. C’est la naissance des radios locales de Radio France.

Pressée par la nécessité de m’évader de VSD, je saisis l’opportunité. Dominique est déjà engagée, j’appelle de sa part le responsable du projet à la Maison de la radio et tout est conclu à la vitesse de l’éclair. Quand j’y repense, je suis même sidérée de la facilité avec laquelle tout cela s’est mis en place. Un entretien et tout était réglé ! Comme je ne veux pas m’éloigner de Paris, pour moi ce sera Melun, qui démarre  en septembre. En attendant, je pars faire mes classes à Laval.

Tu vois la photo, là ? Tu me crois si je te dis que c’est à ça que ressemble la rédaction d’une radio en 1980 ? A l’arrière-plan une grosse télé – qu’on n’allumait jamais, sur les bureaux des téléphones du temps des PTT, des stylos, des papiers, évidemment pas l’ombre d’un ordinateur, pas même une machine à écrire… Pour parfaire le tableau, il faudrait le téléscripteur de l’AFP – il était juste à côté, et quelques bobinos (avant l’ère numérique, les bobinos sont des bandes magnétiques  enroulées sur un noyau de plastique. On les donne au technicien pour qu’il les diffuse pendant le journal).

En préparation d’un journal, avec François Desnoyers

Radio-Mayenne avec François

 

Ça va être compliqué pour moi de te raconter Radio Mayenne. Je ne vais pas pouvoir dissocier le professionnel et l’humain, ils sont trop imbriqués. Si cette aventure a été si belle (et pour moi, plus longue que prévu) c’est grâce aux personnes avec lesquelles je l’ai vécue. C’est là que j’ai rencontré la plupart de mes « amis de trente ans », ceux que l’on retrouve toujours, même si les chemins ne se croisent pas parfois pendant quelques années. François, qui est sur la photo, en fait partie.  D’autres en seraient encore s’ils n’avaient pris congé un peu trop tôt. Je pense à Jack Payet, à Jean-Luc Blain. Et je pense évidemment à Daniel Hamelin, le directeur, l’inspirateur, l’orchestrateur, sans qui Radio Mayenne n’aurait probablement été qu’une radio comme une autre.

Daniel qui, deux mois après mon arrivée, m’appelle dans son bureau : « Je viens d’avoir un coup de fil, ils t’attendent à Melun ». Je réponds que je ne veux pas y aller. J’entends alors ce que je n’osais espérer : « Ça tombe bien, je leur ai dit que je te gardais »…

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