Bonjour micro

Pour un journaliste, le principal partenaire en radio, c’est le temps. Il faut le découper, le compter sans arrêt. Un papier ? C’est une minute. Un journal ? Un quart d’heure. Si dans mon journal j’ai trois papiers, 4 sons (des reportages ou des interviews) et une météo, combien de temps me reste-t-il pour les titres, le lancement des sujets, les brèves et les résultats sportifs ?

Une fois à l’antenne, on apprend très vite à garder un œil sur ce qu’on lit, l’autre sur la pendule, tandis que sous le casque, l’oreille reste réceptive aux ordres de la régie. Tu es en train d’annoncer qu’on a Machin au téléphone, et simultanément tu entends « non non, on n’a pas Machin ! »…

Les quinze premiers jours à Radio Mayenne, j’ai fait des papiers dans le journal des autres, j’ai appris le maniement du Nagra, ce gros magnéto d’une dizaine de kilos que l’on gardait parfois des heures accroché sur l’épaule, et je me suis formée au montage de la bande magnétique. Puis un matin, alors que j’étais loin d’imaginer que cela arriverait si vite, Freddy me dit « C’est toi qui présente le journal à midi ».

Le Nagra, indispensable et pesant compagnon du reporter radio

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Freddy Thomelin, mon rédacteur en chef. Si je dis « mon », c’est qu’en radio je n’en ai jamais eu d’autres, enfin pas d’autres dont je me souvienne. Grand, imposant, un peu rugueux, au début il effraie. Il faut trois jours pour comprendre que c’est un homme et un professionnel hors du commun. Je me souviens que juste avant d’entrer en studio pour ce premier journal, je le regarde et je lui dis « j’ai peur ». En tirant doucement sur sa pipe, il répond « Je suis là »… Il nous pousse, il nous sécurise. Il m’a énormément appris.

Avec Daniel Hamelin, ils forment le couple de direction idéal : Freddy le placide, Daniel l’exubérant.

Ils ont un point commun : leurs débuts témoignent que ce qui les a porté là où ils sont, c’est la passion.

Tout jeune, sans formation, Freddy embarque sur un cargo pour aller en Guyane se porter candidat au poste de journaliste qui le fait rêver : il a vu une annonce. A son arrivée, le poste est pourvu. Mais on ne renvoie pas un jeune homme qui vient de faire un tel voyage.

A vingt ans, Daniel est pompier. Par chance, il est affecté à la Maison de la radio. Un soir il dépose une lettre sur le bureau du directeur de France Inter. En résumé, il a écrit « Monsieur le Directeur, je suis le pompier de service et je veux faire de la radio ». Il n’a pas de réponse, il recommence. Jusqu’au jour où le directeur craque, mi-excédé, mi-intrigué : « Qu’on m’amène le pompier »… Il sera assistant, puis il animera ses propres émissions.

Le dessin de couverture de « Radeau Mayenne » une bande dessinée de Bernard Le Minor (Editions du Trou). Animateurs, journalistes, techniciens, toute l’équipe est là. Freddy est assis au premier plan avec un cigare à la bouche, Daniel est à l’arrière avec une cravate et un bras en l’air

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La première caractéristique de Radio Mayenne, c’est d’être une radio « portes ouvertes », tous les jours, tout le temps. L’entrée est libre, on peut s’asseoir par terre dans un coin du studio, rester le temps qu’on veut… La seule exception, c’est pendant les journaux.

Avec François Desnoyers, Dominique du Boisbaudry et Jacques Vautrin, nous nous relayons à la présentation, sans avoir de case attitrée. Il arrive que nous soyons du soir (tard) et du matin (tôt) tout en participant à la confection du journal de midi. Il me semble que je n’ai jamais aussi peu dormi. D’autant qu’à la fermeture de l’antenne, je vais dîner avec quelques copains au restau d’à côté, une pizzeria qui reste ouverte exprès pour nous. Parce que Laval, à 23 heures…

Les premiers temps, il arrive aussi qu’avec la complicité des techniciens, en douce, nous nous amusions à rallumer l’antenne quelques minutes après l’heure de coupure officielle.  Yves Derisbourg, qui anime l’émission du soir, reprend le micro et demande aux auditeurs qui l’entendent d’appeler sur le standard. Curieusement il y en a toujours qui sont restés branchés et la conversation s’engage… C’est en quelque sorte une émission pirate. Sur une radio de service public. Le jour où Daniel Hamelin l’apprend (je ne sais plus comment), il entre dans une colère dont il a le secret. C’est grave. Yves et les techniciens sont dans leurs petits souliers. Mais une fois le savon passé, il se retient pour ne pas rigoler.

Parce qu’il est à la fois le directeur qui veille à ce que les bornes ne soient pas dépassées, et l’homme qui fait souffler sur cette radio un formidable vent de liberté.

 

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