La vache et le futur président

La Mayenne est un département dans lequel, grosso modo, il y a deux fois plus de bovins que d’humains. Quand tu es journaliste là-bas il vaut mieux t’intéresser à la vache, et il se trouve qu’à ce moment-là, je n’en avais encore jamais vu une de près… Mais je me suis acclimatée à la vitesse grand V. Après quelques semaines, je distinguais parfaitement une normande d’une montbéliarde, je connaissais mes quotas laitiers sur le bout des doigts, je flattais la croupe des culards au Festival de la viande (oui, ça existe) et je buvais des cafés arrosés de gnole à 10 heures du matin.

L’autre sujet récurrent sur lequel je suis aussi inculte en arrivant, c’est le foot. A cette époque  Laval est en première division. Je n’oublierai jamais mon premier match, auquel j’assiste en compagnie des femmes des joueurs. Elles se comportent toutes de la même façon : quand leur bien-aimé marque un but, elles bondissent, font des sauts de cabri et crient « c’est le mien, c’est le mien ! »…

 

En extérieur, derniers réglages avant l’antenne.  Avec Pierre Carne, le directeur technique

Exterieur

 

Avant Radio Mayenne, je n’avais aucune idée de la façon dont on pouvait, trois fois par jour, nourrir un vrai journal d’information dans un département rural. Je pensais qu’à un moment ou à un autre, on était obligé d’en passer par le compte rendu du concours de boules. Je manquais juste d’imagination.

Certes, l’actualité mayennaise n’est pas inépuisable, mais nous traitons la plupart des sujets nationaux en les rapportant à l’échelle départementale. Les effets d’une loi ou d’une nouvelle mesure, un grand débat, une polémique, dans quelque domaine que ce soit, tout s’incarne sur le terrain. Nous irons même jusqu’à couvrir l’élection présidentielle américaine en direct et en multiplex, avec des Mayennais installés aux Etats-Unis et des Américains qui vivent en Mayenne (on les a cherchés, on les a trouvés) ! Ce soir-là, je suis à Paris où j’interviens en direct du Harry’s bar. Inopinément, j’y croise l’un des trois députés du département et illico,  je lui tends mon micro. Je ne vais pas insister longtemps : il est inaudible, bien trop alcoolisé…

C’est aussi en Mayenne que j’interviewe François Mitterrand, durant la campagne de 1981. Nous sommes trois ou quatre journalistes à le rencontrer dans une ferme. Probablement fatigué, il est d’une humeur exécrable. Il est convenu qu’il répondra à chacun d’entre nous une dizaine de minutes et il commence par la télé. On ne peut pas dire que cela me mette en confiance. Il se tient debout, au bord d’un champ, et s’énerve quand le cameraman lui demande de se déplacer d’un mètre sur la gauche. Il veut savoir pourquoi, le journaliste répond que c’est parce qu’il aimerait avoir une vache en arrière-plan et Mitterrand explose… Avec moi, il sera courtois mais glacial. Je l’interroge fatalement sur quelques questions agricoles et je termine par le paysage radiophonique, puisque son programme annonce clairement la fin du monopole de Radio France et l’avènement des radios libres. Tout cela en marchant. Lui se dégourdit les jambes et moi qui tiens le micro, je m’ankylose le bras. Cela ne fait pas partie de mes meilleurs souvenirs.

J’aime ce que je fais à la rédaction et avec mes trois camarades, nous travaillons beaucoup. Mais quand Daniel Hamelin me propose d’occuper, en plus, une tranche dans les programmes tous les dimanches après-midi, je saute sur l’occasion. Cela fait un moment que j’observe (et que parfois j’envie) les animateurs qui prennent l’antenne en toute décontraction, sans le timing et les contraintes de nos journaux d’information.

D’abord ce sera une heure le dimanche, puis trois supplémentaires le samedi. Et sur la planète Radio France, là où les journalistes et les animateurs sont deux espèces régies par des lois spécifiques, voilà que je deviens l’hybride.

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