Qui suis-je ? Qui veux-je être?

L’une des grandes questions existentielles, à la radio, c’est « être ou ne pas être journaliste ». Quand tu travailles pour la presse écrite, c’est limpide. Que tu rendes compte de la guerre en Syrie ou que tu interviewes Kendji Girac, du moment que c’est publié, tu décroches la queue du Mickey : la carte de presse… A Radio France, nombreux sont ceux qui courent après sans jamais l’attraper. Car il ne suffit pas de parler dans le micro.

Je simplifie.

D’un côté, tu as la rédaction qui oeuvre à la confection des journaux et des magazines d’information. C’est le camp de ceux qui produisent un travail collectif et qui ne disent pas « je ». Ils sont estampillés journalistes et reçoivent la carte magique.

Le journaliste est invirable. Son salaire n’est pas mirobolant mais il progresse au rythme des commissions paritaires. Le plus souvent, il a les horaires de Monsieur tout le monde, il part le matin et rentre le soir en même temps que son voisin. De temps en temps, il participe à un voyage de presse, plus fréquemment dans une ville de province que sous les cocotiers. Il travaille dans un open space, pas loin de son chef, qui lui-même a un chef, et à moins d’un incident de parcours, un jour lui aussi sera petit chef ou grand chef.

De l’autre côté, tu as les programmes, avec tout un lot d’émissions revendiquées à la première personne : de telle heure à telle heure, c’est la tranche conçue et présentée par Untel… Qui n’est pas journaliste.  Il est intermittent du spectacle et le vit parfois comme une injustice.

Pourtant, il est mieux – voire beaucoup mieux – payé que le journaliste. Surtout qu’en plus de son cachet, il touche des droits d’auteurs qui, en gros, lui permettent de payer ses impôts. En contrepartie il est sur un siège éjectable, on le reconduit de saison en saison – ou pas. Mis à part le directeur des programmes, il n’a pas de supérieur. Pour lui et son équipe – assistant, réalisateur – il dispose d’un vrai bureau qui ferme à clef. Il entre et sort comme bon lui semble et peut aller boire des coups au café. Il n’a qu’une obligation de résultat. Et une contrainte : prendre l’antenne à l’heure.

Je connais bien les deux fonctions, les vies qui vont avec. A maintes reprises je suis passée d’un bord à l’autre.

 

« Animatrice-journaliste », la carte qui théoriquement ne pouvait pas exister

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En 1981, à Radio Mayenne, je suis loin de savoir tout ça. Je comprends juste que ma situation (deux tiers du temps à la rédaction, un tiers dans les programmes) n’est pas réglementaire, et je le réalise vraiment quand un syndicat vient nous rendre visite. On me cache ! Mieux vaut que je reste  chez moi pour ne pas avoir à répondre à des questions embarrassantes… Il n’empêche que si sur le terrain on s’arrange comme on veut, pour la maison mère il me faut un statut. C’est l’un ou l’autre, Daniel Hamelin me laisse le choix : A/ journaliste B/ intermittent.

Le A, c’est la sécurité, le chemin tout tracé. Le B, c’est la précarité, avec dans l’immédiat des conditions plus confortables.

On me prévient que si je choisis l’intermittence, je vais perdre ma carte de presse. Ça ne risque pas, j’y ai droit depuis deux ans et je ne l’ai toujours pas demandée. Je ne le ferai que deux fois dans ma carrière, quand l’employeur m’y obligera. Deux années sur près de quarante. Parce que je n’en ai jamais eu besoin dans l’exercice de mon métier, et que la seule chose que j’aurais eue en plus, c’est l’entrée gratuite au musée. Et puis, j’en ai vu tant qui possédaient la carte, mais pas l’état d’esprit…

Pour le statut, c’est B. J’ai 26 ans et je ne veux pas, déjà, savoir ce qui m’attend.

 

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