Fin de la parenthèse enchantée

C’est à Radio Mayenne, le samedi soir, que je savoure pour la première fois le plaisir de la (très) longue interview. Trois heures, en direct, sans coupure, sans publicité, sans informations… Je ne suis pas sûre que le format ait existé ailleurs. L’émission s’intitule « Strip 53 », je n’oserais jamais aujourd’hui donner un nom pareil.

En face de moi, le plus souvent, j’ai ce qu’à l’époque on appelle encore « une vedette ». Si les chanteurs connus viennent chez nous sans difficulté c’est que, dans le paysage radiophonique, nous sommes facilement repérables.

En 1981, lorsque tu as un disque à promouvoir, tu passes sur France Inter, RTL,  Europe 1, RMC et c’est terminé. Les radios privées n’existent pas encore ou ne sont qu’à l’état embryonnaire, dans l’attente de la loi de 1982 sur la libéralisation des ondes. Les artistes ne sont pas surbookés, et les maisons de disque ne négligent pas l’opportunité qu’offrent Fréquence Nord et Radio Mayenne.

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Chaque émission est enregistrée sur une bande magnétique qui s’enroule sur elle-même. Elle forme une galette que l’on enferme dans une boîte métallique. Trois heures, c’est trois galettes. Inutile de te dire que je n’ai rien conservé, mis à part un petit morceau qu’il faudra un jour que je numérise. Ce soir-là je suis avec Pierre Vassiliu et il y a un moment dans l’émission où, pour répondre à mes questions, il attrape sa guitare. Je parle, il chante, nous improvisons un drôle de duo qu’il ponctue régulièrement d’une phrase, comme un refrain : « Laval, Laval, la pluie qui tombe… ». Je ne l’ai jamais réécouté mais trente cinq ans après, je suis capable de te le fredonner.

C’était un vrai bonheur d’avoir du temps. Une fois seulement, paradoxalement avec mon chanteur préféré, j’aurais bien abrégé. Dès que Michel Jonasz est arrivé, j’ai vu qu’il avait un drôle de regard, j’ai compris qu’il était… « ailleurs ». Il y est resté durant trois heures, je ne pouvais rien y faire.

Lorsque les artistes nous rendent visite, que ce soit pour mon émission ou une autre, ils arrivent de Paris et ne font pas l’aller-retour dans la journée. Le soir, nous dînons avec eux dans le seul restaurant où nous pouvons traîner jusque tard dans la nuit, perdu en pleine campagne. Max, le patron, est un collectionneur de disques. Passionné, volubile, excentrique, c’est un vrai personnage. Très vite, il devient chroniqueur le soir, dans l’émission d’Yves Derisbourg. Plus tard, il larguera son restaurant pour être animateur à part entière, puis deviendra directeur des programmes…

Peu à peu, la radio recrute des Mayennais qui, bientôt, assureront la relève. La phase expérimentale s’achève et l’aventure prend fin.

Radio Mayenne est promue au rang de modèle pour la création des autres radios locales et c’est Daniel Hamelin qui est chargé de les mettre en place. Il est sur le départ, comme plusieurs membres de l’équipe.

François Desnoyers, mon copain journaliste, a été le premier à plier bagage. Il est le directeur de Radio 7, la nouvelle radio pour les jeunes. Freddy Thomelin, « mon » rédacteur en chef, va prendre des responsabilités à France Inter. Françoise Dost, ma complice et amie, quitte son émission du matin pour diriger Radio Bleue, la nouvelle antenne des seniors.

Et moi, qu’est-ce que je vais faire ?

Je n’ai pas vraiment le temps de me poser la question. Daniel Hamelin me propose de partir avec lui à la direction de ces radios locales qu’il faut faire pousser comme des champignons. J’adore Daniel et j’ai un faible pour les boulots que je ne connais pas. Donc forcément, j’y vais.

Quand je quitte Radio Mayenne, je sais que je viens de vivre 18 mois exceptionnels. Je n’imagine pas à quel point j’en garderai, à vie, la nostalgie.

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