Merci mon chien

Huit mois. C’est ce que va durer l’aventure de Radio Capitale.  La suppression d’un journaliste n’aura été que le premier symptôme d’une mort annoncée.

A ce moment-là j’habite un immeuble cossu du Marais, mais à l’étage où l’on accède par un escalier rétréci. Ce sont des appartements constitués d’anciennes chambres de bonnes et les cloisons sont en carton. Le matin, quand je ne travaille pas, j’entends tous mes voisins se réveiller au son des jingles de Radio Capitale. Dans les magasins ou dans les taxis, je constate aussi que chaque jour nous  gagnons du terrain. Alors pourquoi ?

Les dirigeants du Matin de Paris ont fatalement des raisons financières, car si la radio se porte bien, elle coûte et ne rapporte rien. Je te rappelle que si les radios privées sont depuis peu autorisées, la publicité ne l’est pas encore. Simultanément, le quotidien continue à perdre des lecteurs. Mais les détails du pourquoi du comment, nous ne les aurons pas.

Nous recevons chacun une lettre nous informant que Radio Capitale va cesser d’émettre le 31 octobre et qu’en conséquence, nous sommes licenciés.  Personne ne vient nous l’expliquer. Personne, non plus, ne se déplace pour nous dire au revoir et merci le jour où nous plions bagage. Tout juste un ou deux journalistes du quotidien oseront-ils monter boire un verre avec nous.

C’est l’un des problèmes auxquels a été confrontée cette radio : une rédaction plutôt hostile, convaincue qu’en ces temps difficiles nous venions lui manger la laine sur le dos. Il était mal vu de nous fréquenter. En fait, durant huit mois nous avons vécu dans notre enclave comme des travailleurs clandestins. Mais nous y étions bien.

Trente-quatre ans plus tard, je nous revois le dernier jour, à l’instant même où nous allons fermer la porte, nous demandant ce que nous devons faire de la clef. Si je me souviens bien, elle a fini sous le paillasson.

Aucun de nous ne sait encore ce qu’il va devenir. Dans l’immédiat c’est chômage pour tout le monde.

La dernière photo 

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J’ai retrouvé mes feuilles d’ ASSEDIC de l’époque. C’est l’occasion de te parler un peu d’argent. Je te préviens, là, juste le temps de lire ce qui suit, tu vas regretter de ne pas avoir mon âge.

A Radio Capitale, en brut, je gagnais 8 000 francs par mois. Pour que cette information ait un sens, je suis passée sur le site de l’INSEE où un convertisseur transforme toutes les anciennes monnaies en euros d’aujourd’hui.

8 000 francs de 1982, en pouvoir d’achat cela équivaut à 2624 euros.

IMG_1023Déjà, pour un journaliste qui n’a que trois ou quatre ans d’expérience, de nos jours c’est un très bon salaire. Mais le vrai « plus », il est ailleurs, en face de la ligne net imposable : 7235 francs, soit 2373 euros… A peine 10% de moins que le brut ! Pourtant, il y a bien toutes les lignes de cotisations : sécu, vieillesse, retraite complémentaire, chômage…  Aujourd’hui pour tout ça, on te retire pas loin de 25 %, et c’est pour tout ça en moins bien : moins de sécu, moins de vieillesse, moins de chômage.

Ma feuille d’ ASSEDIC me dit qu’en sortant de Radio Capitale, je touche 6204 francs, soit plus de 85% de mon ancien salaire net. Oui, par les temps qui courent c’est inimaginable. En revanche, je ne sais plus du tout combien de temps j’avais droit à ces allocations.

Je ne vais rester que trois mois au chômage. Freddy Thomelin, mon ancien rédacteur en chef de Radio Mayenne, vient de prendre les rênes de la rédaction de RFO, Radio France Outre-mer. Il m’appelle. Et hop, je retourne au service public.

 

 

 

 

 

 

 

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