Mauvaises ondes

RFO, c’est un réseau de neuf stations de radio et de télévision disséminées sur la planète : Tahiti, Mayotte, Wallis et Futuna, Réunion, Nouvelle-Calédonie, St Pierre et Miquelon, Guyane, Guadeloupe et  Martinique. Et là tu te dis wouah, quelle chance ! Oui, hein ? Sauf que je n’y mettrai pas les pieds. Mon lot, c’est le siège parisien, un bâtiment grisounet d’une avenue reculée, dans le XVIe arrondissement.

Quand j’arrive, la Société de radiodiffusion et de télévision française pour l’Outre- mer n’a que trois mois d’existence officielle, mais l’entité est là depuis longtemps. Ce qui change, c’est qu’elle prend son autonomie alors qu’elle était jusque là gérée par FR3. Elle a maintenant un président et un tout nouveau staff d’encadrement : mon ami Freddy Thomelin pour la télé, Hugues Durocher – qui vient de France Inter – pour la radio. A la base, en revanche, je crois bien que je suis la seule journaliste recrutée. Je débarque, novice, dans un univers dont il va me falloir décrypter les codes.

                                                           

              Le logo de RFO  en 1983

RFO-1982

 

Pour la plupart, mes confrères sont originaires des départements et des territoires d’Outre-mer. Certains sont en transit, dans l’attente d’une nouvelle nomination à l’autre bout du monde, d’autres sont au placard. Ce n’est pas la configuration idéale pour motiver une rédaction…

Côté télé, les journalistes s’affairent à la préparation de leur journal hebdomadaire, un résumé de l’essentiel de l’actualité qui remonte des stations. Il est diffusé sur FR3 puisque l’Outre-mer n’aura sa chaîne nationale qu’en 2005, avec la création de France Ô.

Côté radio – le mien – nous n’avons rien. Je veux dire rien ici : pas une antenne, pas un auditeur. Notre boulot, c’est de fabriquer des émissions qui seront diffusées « là-bas ». Ou pas. Ce qui vient de Paris n’est pas forcément bien perçu et certaines stations se montrent rétives.

Pour ma part, je produis un magazine mensuel de reportages. Ce sont des portraits, le plus souvent d’anonymes qui ont fait le choix de quitter leur terre natale pour vivre en métropole.  Ce sont surtout des Antillais ou des Réunionnais, on ne rencontre pas tous les jours un natif de St Pierre et Miquelon ou de Wallis et Futuna… Je passe une journée chez Renault, à Flins, avec un ouvrier qui travaille à la chaîne, je m’immisce dans le quotidien d’une aide-soignante à l’hôpital, je retrace le parcours de Daniel Radford, un Guadeloupéen qui dirige alors les éditions Seghers, je séjourne à la caserne de Valence (en France) où les Tahitiens qui le souhaitent peuvent faire leur service militaire…

J’aime ce travail de A à Z : chercher les gens, les convaincre, les voir, les revoir, enregistrer des heures, réécouter, faire des choix, monter, écrire des textes pour accompagner. Mais je le fais pour qui ? Je ne sais pas à qui je parle, je n’ai aucun retour. Je largue mes galettes de bande magnétique comme on jette une bouteille à la mer. Reçue ? Perdue ?

Loin de l’antenne, déconnectée de l’actualité, j’ai de moins en moins de cœur à l’ouvrage. Et je ne vois pas la moindre perspective. Je n’ai pas le fantasme du cocotier, il n’est pas dans mon intention de demander une mutation à des milliers de kilomètres. Mais si je reste là, je vais me momifier.

Durant ma courte période de chômage, j’ai repris contact avec le Point. J’écris quelques articles, mais je ne dispose pas du temps qu’il faudrait pour chercher des sujets. Je suis depuis quelques mois à RFO quand j’apprends que l’hebdomadaire va engager un journaliste. Je postule. Nous sommes nombreux, puis nous ne sommes plus que deux. Le directeur, Claude Imbert, me reçoit longuement et me dit franchement qu’il hésite. L’autre candidat, le fils d’un journaliste maison, pige depuis plus longtemps et plus régulièrement que moi. Il finira par le choisir, en m’enjoignant de rester dans les parages en vue du prochain poste disponible.

J’aimerais bien mais, comme d’habitude, le courant va m’emporter ailleurs.

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