La vengeance d’une blonde

Si je te demande si tu as déjà écouté une radio en Ondes Moyennes, à tous les coups tu vas me répondre que tu n’as pas connu la TSF. Eh bien figure-toi que ces ondes n’ont été enterrées – dans une indifférence quasi générale – que le 1er janvier dernier. Jusque là tu pouvais encore capter quelques émetteurs de France Info, celui de RCFM (France bleu en Corse) ou celui de France Bleu Elsass, la radio qui parle alsacien.

D’un point de vue technique, il ne faut pas compter sur moi pour t’expliquer comment ça fonctionnait car même le téléphone, je n’ai jamais vraiment compris. D’un point de vue historique, c’est de ces ondes (également appelées Petites Ondes) que sont nées les premières radios dans les années 20. La FM n’a vu le jour qu’en 1945 aux Etats-Unis, en France au début des années 60.

 

Autocollant d’époque (dans son jus…)

autocollant-radio-bleue

 

Il va de soi qu’en 1980, c’est en FM que Radio France crée ses nouvelles stations. Sauf Radio Bleue. Parce que le vieux d’avant a un poste à l’ancienne et que pour lui les ondes, c’est petit ou c’est grand. Sur la bande FM, on pourrait l’attendre longtemps. Et puis la maison a de gros besoins en fréquences pour ses autres antennes (elle en utilise aujourd’hui près de 2500 sur toute la France), alors pourquoi en consacrer à une radio dont la pérennité est compromise ? Jour après jour, la vocation de Radio Bleue n’est-elle pas de perdre ses auditeurs ?

Durant cette période, je me familiarise avec la chanson française de quand-j’étais-pas-née et il m’arrive de chanter sous la douche des trucs comme « Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine »…

À Radio Bleue l’équipe est jeune, l’ambiance est bon enfant. Mais je ne suis qu’à moitié dedans.

En tant que journaliste, je dépends de la Direction de l’information de Radio France, une grosse machine qui regroupe toute les rédactions des stations. Au quotidien, je ne m’en aperçois pas. J’ai mon petit coin là-haut, à la rédaction d’Inter, mais personne ne sait ce que je fabrique, personne ne le contrôle. Avec Jérôme Bouvier, mon collègue, nous dépendons d’une hiérarchie mais nous n’avons pas de chef, ce qui est assez singulier. Un épisode – anecdotique – va pourtant me rappeler que je ne suis qu’un puceron dans la toile d’araignée.

J’ai été engagée en tant que journaliste reporteur, ce qui ne correspond pas à ma fonction réelle puisque j’assume la présentation et la responsabilité des journaux. J’ai donc fait savoir à la direction que je souhaitais un réajustement. Tout changement d’échelon ou de salaire doit être discuté lors des commissions paritaires, où siègent des membres de la direction et des représentants du personnel. Une fois ma requête déposée, j’oublie, je ne sais pas du tout quand elle sera examinée.

Début juillet, une lettre cachetée arrive sur mon bureau, avec la mention « personnel ».  Surprise : c’est un syndicat qui me fait part du résultat. Pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre, alors que je n’ai sollicité personne ? En fait, il m’écrit que ma demande est ajournée, en partie à cause d’un autre syndicat qui a voté contre. Que des représentants du personnel n’oeuvrent pas spécialement pour l’avancement d’un salarié, soit, mais qu’ils le bloquent, c’est peu banal… J’ai dans la lettre suffisamment d’éléments pour trouver de qui il s’agit. C’est une jeune femme qui ne m’est pas totalement inconnue, trois ans auparavant je l’ai vue passer comme stagiaire à Radio Mayenne. Entre-temps elle a intégré une radio locale, puis a posé sa candidature pour un poste à Paris. C’était ce poste à Radio Bleue et c’est moi qui l’ai eu…  Ce n’est pas plus compliqué que cela.

 

La lettre du syndicat. J’ai masqué le nom de l’organisation, ce n’est pas elle qui est en cause

lettre syndicat

 

Je ne songe même pas à lui régler son compte, je me fiche de cette histoire. Elle me permet juste de réaliser ce que je sais déjà : je ne pourrai pas faire une carrière de journaliste à Radio France. Je serai incapable d’évoluer dans cette structure où le travail n’est qu’un paramètre parmi tant d’autres. Je ne remettrai pas mon sort entre les mains de cette maison, ni d’aucune autre. Je n’appartiendrai à aucun système de notation, de cotation, de frustration… Pour exercer mon métier comme je l’aime, je dois rester dehors.

Dans la lettre, le syndicat s’est trompé sur mon ancienneté : en tout et pour tout je vais rester 10 mois à Radio Bleue. Quand j’annonce mon départ, tout le monde me dit que je suis folle, que je tourne le dos à la sécurité.

Sans doute, mais tu sais quoi ? La sécurité, ça m’angoisse.

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