De la radio à la radioactivité

Je n’ai pas cherché à travailler à la télévision. A vrai dire, je ne l’ai jamais beaucoup regardée, elle ne m’est pas familière comme les journaux ou la radio. J’y suis allée parce que l’homme qui me l’a proposé était l’un des journalistes que j’admirais le plus à cette époque.

J’ai invité Philippe Alfonsi à Radio Tour Eiffel pour parler d’ Histoire d’un jour, une émission formidable qu’il produit et présente sur FR3. Avec des documents d’archives, il revient sur des évènements marquants de notre histoire récente, en mettant en lumière des zones qui, jusque-là, étaient restées dans l’ombre. C’est à la fois de la reconstitution et de l’investigation.

Après l’interview, nous restons un moment à discuter, il veut savoir d’où je viens, ce que j’ai fait. En le lui racontant, je prends conscience que mon parcours peut sembler décousu. Il me dit qu’effectivement en France on n’aime pas beaucoup les gens comme moi, ceux qui bougent tout le temps, mais que lui, au contraire, trouve cela plutôt intéressant.

Quelques jours plus tard, il m’appelle et me demande si je veux travailler avec lui. En soi, c’est déjà une offre qui me ravit, mais je suis carrément aux anges quand j’apprends de quoi il s’agit : il prépare un grand magazine d’info qui sera diffusé le vendredi soir sur FR3. Nous sommes en octobre, c’est pour le mois de mai. Je ne sais pas encore que grâce aux humeurs de Jérôme Bellay le timing va être parfait. Je quitte radio Tour Eiffel en décembre, je pars faire un tour en Afrique et je rentre pour voir à quoi ressemble mon nouveau boulot…

Le magazine a un drôle de nom, c’est Taxi. Il a aussi une drôle de forme, les liens entre les sujets sont « joués » par une actrice qui déambule dans les rues de Paris. Chaque numéro propose 3 grands sujets, et quelques rubriques auxquelles participent notamment Pierre Desproges et Philippe Aubert (tu te souviens ? A Paris Hebdo c’est lui qui m’avait envoyée dîner dans les restaurants sans argent…). Dans le concept initial, j’ai un rôle particulier : je dois regarder le magazine chez des téléspectateurs ordinaires et les faire réagir au fil de l’émission. Pour que je me familiarise avec l’outil, Philippe me fait travailler sur le dernier numéro d’ Histoire d’un jour. Tout cela est très excitant sauf qu’un mois avant le lancement de Taxi, ma séquence saute pour cause de dépassement budgétaire.

On décide que je ferai du reportage et ma foi, ça ne me déplaît pas.

1986, sur un tournage, avec Philippe Alfonsi

Alfonsiweb

 

Le 26 avril 1986, alors que nous sommes en préparation du premier numéro et que le sommaire est presque bouclé, un événement terrible vient tout chambouler. C’est Tchernobyl.

Nous n’avons pas beaucoup de temps pour enquêter. Il s’agit de démontrer que contrairement à ce qu’affirment les autorités le « nuage » ne s’est pas arrêté aux frontières de l’hexagone et d’essayer d’anticiper les conséquences. Je ne connais pas grand-chose au nucléaire, mais sur ce coup je suis en doublon avec une journaliste du Canard enchaîné dont c’est l’une des spécialités. Ce sera mon reportage d’apprentissage. Celui où tu apprends bêtement à ne pas gêner le cameraman dans ses mouvements, à ne pas être dans le champ lorsque tu n’as rien à y faire, à penser aux « plans de coupe » dont tu auras besoin au montage, à déterminer quel est le meilleur cadre pour poser les questions… C’est évidemment bien plus contraignant que la presse écrite ou la radio. Mais très vite, je vais me prendre au jeu de l’image.

1986, c’est aussi l’année où l’on commence à prendre la mesure de ce qui n’était pas jusque-là considéré comme un fléau : le SIDA. En France, on dénombre environ une quinzaine de nouveaux cas par semaine, soit trois fois plus que l’année précédente.

Ce sera le sujet de mon premier reportage en solo.

Advertisements

Une réflexion sur “De la radio à la radioactivité

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s