Mon nouvel horizon

Peu après son premier anniversaire InfoMatin déménage, et désormais je peux y aller à pied. Le quotidien a repris les locaux de l’ Evénement du jeudi, à quelques mètres de Libération. Dans ce tout petit périmètre, j’aurai connu trois rédactions…

A vrai dire, je n’y vais que pour apporter mes disquettes. Je n’ai de contact qu’avec Natacha Wolinski, qui dirige le service culture, et je ne participe en rien à la vie du journal. En quelque sorte, je suis un fournisseur. Je livre en temps et en heure, je m’assure de la satisfaction du client, mais je ne me mêle pas de ses affaires.

Je croise parfois d’autres pigistes, dont un collaborateur du service politique. Il est terne, effacé, je l’aurais oublié s’il m’en avait laissé le choix. Mais peut-on faire comme si Éric Zemmour n’existait pas ? A l’époque il écrit un billet quotidien sur la campagne des présidentielles. Et je n’en pense rien car je ne le lis pas.

 

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Au journal, 95 va être une année agitée, avec des soucis financiers, des dissensions croissantes entre André Rousselet et la rédaction. Mais du tumulte je ne perçois que les bruits assourdis. Je suis à l’extérieur, et il se trouve que depuis janvier, pour moi, l’extérieur s’est sensiblement densifié…

J’ai quitté Europe 1. Avec un petit pincement au cœur car je m’y sentais bien.

J’ai repris le chemin de la maison ronde parce qu’il m’était impossible de refuser ce que l’on m’y offrait.

Tu te souviens du vieux d’avant ? Celui pour qui je courais mon journal à la main dans les couloirs de Radio France à 8 heures du matin ? Il fallait s’y attendre, il est mort. Et avec lui toute la génération qui, branchée sur les Ondes Moyennes, écoutait Damia et Fréhel.

Radio Bleue, elle, a survécu, mais ce n’est plus la même. Elle a désormais sa place sur la bande FM et les « seniors » – qui restent sa cible privilégiée – ne sont plus que les parents éloignés de ceux pour qui elle a été créée. Ils  n’ont pas subi la fracture des années 60, ils l’ont accompagnée ; ils connaissent les Beatles et Michael Jackson, suivent l’actualité et sont capables de la décrypter.

Fondée sur un principe de solidarité sociale, la station n’a plus de mission spécifique et son profil tend de plus en plus vers celui d’une radio généraliste. C’est d’ailleurs ce qui la condamnera à terme, puisque Radio France a déjà France Inter…

Mais nous n’en sommes pas là.

J’y retourne à la demande de Françoise Dost, qui dirige toujours la radio. Elle m’offre une aventure qui, pour moi, est encore inédite : un entretien quotidien d’une heure avec une personnalité. Ce seront majoritairement des artistes et des écrivains, mais j’inviterai aussi des scientifiques, des politiques, des journalistes, des architectes ou des grands cuisiniers… Je jouis d’une totale liberté.

Pour quelqu’un comme moi, qui n’aime rien tant que poser des questions, c’est une formidable opportunité. D’autant qu’elle arrive au moment où je ressens l’urgence d’ouvrir mon horizon. Cela commence à faire longtemps que je ne parle et n’écris que sur le théâtre alors que je n’ai jamais aspiré à avoir une spécialité. Si j’ai choisi d’exercer ce métier, c’est justement pour ne pas être confinée, pour aller au plus près de tout ce qui est approchable, et avoir l’illusion de vivre cent vies à la fois.

Avec cette émission, je suis confrontée chaque jour à un individu à découvrir, à une connaissance à approfondir. Un nouvel objet, un nouveau sujet…

Je me sens comme un poisson dans l’eau, et je ne m’en plains pas mais ce n’est pas une eau dormante. Le flux est continu, j’ai intérêt à suivre le courant.

Pour que l’entretien soit nourri, je me dois de savoir qui est la personne avant de l’aborder, quel a été son parcours, comment elle est devenue ce qu’elle est. En plus, elle a toujours une actualité :  c’est un livre, un film, un spectacle, ou une exposition… Il va de soi que je l’ai lu, que je l’ai vu.

Je travaille au moins douze heures par jour, mais vu de l’extérieur je n’ai que des loisirs. Mon boulot, c’est d’enchaîner les activités que les autres font par plaisir : bouquiner et sortir. À un rythme effréné.

Quelle que soit ma journée elle s’achève au théâtre et je dois aussi trouver le temps d’écrire les trois ou quatre articles que  je continue à livrer chaque semaine à InfoMatin.

Qui va mal, et dont l’avenir est de plus en plus incertain.

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