Concordances de temps

François Mitterrand meurt le 8 janvier 1996.

InfoMatin aussi.

C’est une coïncidence et un effet de l’ironie du sort. En fixant à l’avance la date de dernière parution de son quotidien, André Rousselet ne pouvait pas savoir qu’il s’empêcherait, à un jour près, de rendre hommage à celui qui était son ami et dont il allait être l’exécuteur testamentaire…

Ce 8 janvier, alors que toutes les rédactions planchent sur un dossier spécial consacré à l’ancien président, les journalistes d’InfoMatin s’occupent à rassembler leurs affaires personnelles.

Le journal aura tenu deux ans. Il s’est stabilisé autour de 70 000 exemplaires, c’est insuffisant et Rousselet considère qu’il a perdu assez d’argent.

C’est la première fois que la disparition d’un média pour lequel je travaille ne remet pas en cause mon équilibre financier. Je perds une partie de mes revenus, mais il me reste l’essentiel, ce que je gagne à la radio. Il n’empêche, je suis très affectée.

J’aimais InfoMatin. Parce qu’il n’était ni racoleur, ni prétentieux. Parce que les rapports étaient simples avec Natacha Wolinski, qui dirigeait les pages Culture. Parce que le rythme contraignant de l’écriture au quotidien me faisait du bien.

 

La seule – petite – trace sur le Net du dernier numéro d’InfoMatin. info-matin-n-508-journal-du-8-janvier-1996-931195285_ml

Je sais que je n’ai aucune chance de retrouver un jour l’équivalent. Qui se risquera désormais à lancer un nouveau quotidien national d’informations générales ? Vingt ans après j’ai la réponse : personne. Je ne parle évidemment pas des gratuits dont le modèle économique repose à 100% sur la publicité…

Dans la foulée, j’aurai un appel du pied du Parisien. Je n’y répondrai pas, c’est un journal – surtout à cette époque – dans lequel je ne me reconnais pas.

Même s’ils sont moins étroits, je continue à entretenir des rapports avec la presse écrite. Je signe régulièrement dans Bleu magazine, un mensuel indépendant mais entièrement construit sur le contenu de Radio Bleue. Sur trois ou quatre pages, j’y dresse le portrait d’un de mes invités. Je n’ai jamais su qui lisait ça, mais l’exercice était plaisant.

En 1996 aussi, je fais un clin d’œil à l’Histoire en pigeant pour un monument : la Revue Des Deux Mondes. Ça ne te dit rien ? Fondée en 1829, elle est vraisemblablement la plus ancienne des publications toujours en activité en Europe.

revue

En fait, je ne pige pas, je contribue, car on ignore pratiquement tout ici des mœurs journalistiques. La revue a acquis ses lettres de noblesse au XIXe siècle en relayant les écrits des plus grands écrivains. George Sand y eut un temps un contrat d’exclusivité et on dit que Proust – qui la cite à plusieurs reprises dans À la recherche du temps perdu – rêvait d’y être publié. Les temps ont changé, la Revue Des Deux Mondes aussi, mais elle reste une antenne de la bourgeoisie cultivée, ne travaille qu’avec des « auteurs » et n’emploie pas de journalistes.

A l’occasion du 50e anniversaire du festival d’Avignon, je rédige un article d’une dizaine de pages sur le thème « Mettre en scène dans la Cour d’honneur ». Je contacte tous ceux qui s’y sont confrontés, je fais le tour des questions de fond et j’accumule les anecdotes. Bref, c’est un gros boulot. Et lorsqu’à l’arrivée on me fera savoir qu’on retravaillerait volontiers avec moi, je ne donnerai pas suite car je ne peux pas consacrer un temps aussi conséquent à une activité si peu rémunérée…

Simultanément, je fais un grand écart temporel : un pied dans le siècle d’avant, un autre dans ce qui augure du suivant. 1996 n’est pas seulement l’année où je souscris mon premier abonnement Internet (à très très  bas débit…), c’est le moment où j’apprends à travailler sur un nouveau support et où je découvre l’interactivité.

J’ai rencontré Sophie Davidas, une jeune femme très impliquée dans les nouvelles technologies qui s’apprête à éditer une revue multimedia sous forme de CD-ROMS, liée à l’actualité politique, sociale et économique. Elle cherche quelqu’un pour en assurer la rédaction en chef. Le projet m’emballe, et je resterai enthousiaste tout le temps de notre collaboration.

Le premier numéro d’Explicit est consacré à deux sujets : l’avenir du temps de travail en France et l’organisation de la démocratie aux Etats-Unis. En fouillant Internet, j’ai retrouvé le témoignage d’un prof qui explique parfaitement de quoi il s’agit :

« Les deux dossiers documentaires sont composés de textes (des définitions), de graphiques et de clips vidéo présentant des points de vue d’auteur (…). Une biographie sur chacun des intervenants est accessible, de sorte que l’on peut connaître l’origine des points de vue développés. Ces caractéristiques en font un des rares documents réellement multimédia portant sur des questions économiques et socio-politiques ». (Laurent Merle, professeur de SES au lycée Jean Monnet, Blanquefort, Gironde).

Sophie a décroché un partenariat avec France Info et La Cinquième (qui deviendra France 5) et le lancement a lieu sous les meilleurs auspices. Il faudra pourtant se rendre à l’évidence quelques semaines plus tard : le concept n’a pas trouvé son public et il n’y aura pas de numéro deux. Cela restera pour moi une très belle expérience.

En 1997, ce sera plus calme, je me consacrerai presque entièrement à l’émission. Mais en 1998…

 

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