En vacances… (une fois n’est pas coutume)

Un mois d’avril de la fin des années 90, je pars quelques jours en Bretagne. J’ai enregistré une semaine d’émissions pour me permettre d’aller respirer.

Avec mon compagnon, nous avons loué une petite maison au bord de la mer, choisie sur le catalogue des Gîtes de France, et le lieu est paradisiaque. Nous échangeons quelquefois avec les propriétaires, un couple de retraités – manifestement fortuné – qui habite à proximité. Et qui finit par nous convier à une petite sauterie, « avec quelques amis ». C’est la tuile, car on est plutôt là pour se vider des autres, mais comment refuser ?

A l’heure dite, nous nous exécutons, résignés à faire la connaissance des notables du coin.

La première personne à qui je serre la main m’est présentée comme un « ancien ministre de la mer ». C’est inattendu, mais bon, la mer, la Bretagne, tout ça…

La deuxième est une navigatrice « qui vient de traverser l’Atlantique à la rame ». Effectivement, je l’ai vue à la télé. Rebelote pour l’inattendu, la mer, la Bretagne et tout ça…

Je salue ensuite un asiatique dont les traits me laissent à penser qu’il s’agit d’un Chinois.

Bien vu. A peine a-t-il le dos tourné que la maîtresse de maison me glisse à l’oreille que « c’est le fils de Tchou En-laï »…  Où suis-je ?

J’ai la vision de ce type, enfant, sautant sur les genoux de Mao Tsé-Toung et, simultanément, je commence à scruter les angles à la recherche de la caméra invisible.

Mais la cerise sur le gâteau, je ne la vois d’abord que de loin : un homme arpente le jardin, un téléphone mobile à la main. Lorsqu’il arrive à ma hauteur, mon impeccable hôtesse me décline son identité sur le ton de quelqu’un qui sait qu’il produit son effet. Le monsieur, c’est Patrick Le Lay.

A ce moment-là il dirige TF1 depuis déjà quelques années, sa puissance et sa notoriété sont à leur apogée.

Tu penses que si je te raconte cette histoire, c’est que cette rencontre va changer le cours de ma vie ?

Nenni.

Même dans ce contexte, en petit comité – nous ne sommes pas plus d’une douzaine – il est antipathique et donne le sentiment qu’à part son téléphone, rien ni personne ne peut l’intéresser. Son épouse, en revanche, se révèle communicative. J’ai un peu de mal à suivre car elle mentionne sans arrêt un « Bernard » dont j’ignore absolument tout. Quand « Bernard » -qui a l’air d’avoir des ennuis – a besoin de se reposer, il vient chez les Le Lay. Et la dernière fois, ce « pauvre Bernard » s’est réveillé dans une mare de sang parce que la chienne a fait une hémorragie. J’ai beau ne pas piger grand-chose, je prends un air de circonstance, tant pour  « Bernard » que pour la chienne. Ce n’est qu’au bout d’une heure, quand quelqu’un énoncera enfin son patronyme, que je comprendrai qu’elle me parle de Bernard Tapie !

Résumons.

Je pars une semaine pour rompre avec mon quotidien qui n’est fait que de rencontres avec des gens connus, des personnalités.

Je choisis exprès une maison isolée, en pleine nature avec vue sur la mer.

Et c’est là, à cet endroit, que je me retrouve aspirée par le flux de ce que je suis toujours parvenue à tenir à distance : les mondanités.

Une carte postale ancienne de Lancieux, où était la maison. (Je n’ai pas d’images personnelles, je n’ai jamais pris une photo de vacances).

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Depuis que je couvre l’ensemble du champ culturel avec mon émission de radio, je suis invitée presque tous les jours à un vernissage, une inauguration, le lancement d’un livre, d’un film, ou la remise d’un prix. Je n’y vais pas, et les doigts de mes mains suffisent à recenser les cocktails auxquels je me suis rendue tout au long de ma vie.

Et là tu te dis, quoi, comment, une journaliste ne doit-elle pas sans cesse enrichir ses « relations » et son « carnet d’adresses »? Une journaliste doit surtout savoir identifier les personnes qui peuvent l’informer, l’éclairer, l’aider à répondre aux questions qu’elle a décidé d’explorer. On ne tombe pas dessus miraculeusement en restant planté une coupe à la main, un sourire à la bouche.

Il en va de même pour les opportunités professionnelles. Ce n’est pas en disant bonjour à trois célébrités que l’on trouve du boulot. Pour cela, plus que les relations ce qui compte c’est d’avoir un réseau. Fondé essentiellement sur la reconnaissance de mon travail, le mien n’a jamais été étendu mais il s’est avéré solide.

C’est lui qui va me reconnecter à la télévision, ce n’est pas cette rencontre avec Mr Le Lay. Que je verse au dossier des innombrables farces que m’a réservées l’existence.

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